Mini roman 1 :

Téhy vous livre au fur et à mesure des étapes de son travail. l'écriture d'un premier mini roman est en cours, on vous lâche 4 chapitres. Non finalisés, à repeaufiner mais suffisant pour suivre YIU face à un prédateur particulièrement malade et agile... N'hésitez pas à mailer vos avis et conseils via ririsoft, c'est la première fois que Téhy se risque à ce style d'exercice.

 

 

LE SEIGNEUR ET L'IMPURE

Chapitre Premier.

Dilune, 25 octobre 2165. 06.02 H.A.O. (Heure de l'Alliance Oecuménique).

"...Le Lithium froid... L'acier affiné de la pointe d'un flingue posé sur mon oeil... Le canon, quelques centimètres à peine de ma pupille... Droit devant... Le curseur... Dressé... L'arme... L'arme apparait presque anachronique... Une copie de calibre 9 mm Parabellum, crosse anglaise noire-moirée, lustrée par des années de maniement... Je sais que j'ai encore un peu de temps, ne pas bouger... Respirer, respirer calmement, ne rien changer à ma respiration. Le doigt est accroché à la détente, le muscle est tendu, encore immobile... Je connais la procédure..."

Un petit hall moite à la rigueur dépouillée, dans un silence morne et pesant. Le pépiement de petits rapaces diurnes de génération cinq résonnent un court instant avant de disparaitre vers quelques corniches apophyges... Recourbée au sol, YIU est agenouillée avec déférence devant trois Cardinaux Pourpres. Les silhouettes élancées se dressent et cloisonnent l'espace restreint, les épaules larges des cardinaux obstruent toute lumière. Le drapé des tenues gravées d'ornements ritualistes et catéchèses frémissent sous une petite brise chaude, et au revers des soieries usées un petit sigle "Clergé" aux sillages d'or-gris patinés par les siècles luit encore d'un éclat morne. Les traits des visages sont usés, les expressions fatiguées d'avoir trop longtemps portés l'amer fardeau du prestige, des honneurs, de l'ordre et de la foi.

YIU est calme. Docile. Plus docile que jamais. La pointe Parabellum dressée sur son oeil avec un froid mépris, l'acier caresse chacun de ses cils. Elle attend. Elle sait que le temps n'a plus d'importance, que le moment va venir, elle le sait. Elle n'est que déférence. Respect et déférence. Elle connait le rite, elle l'a vécu maintes et maintes fois. L'un des Cardinaux rompt le silence, entaille le calme de toute la profondeur de sa voix grave et empesée. Il crache quelques informations géographiques et politiques, en quelques secondes la chaleur de son haleine infecte l'air ambiant.

"... La Grandeur de la MAISON D'AUTRICHE n'est plus. La Gloire de la Couronne impériale a été emportée dans le bourbier nucléaire de 2109. Après les émeutes et les trois attentats nucléaires des Forces indépendantistes Austro-Hongroises, la population en vie a chuté de 8 800 000 à 2 000 habitants. Les Réfugiés Autrichiens, menés à leur tête par le CHANCELIER-MAITRE exilé et auto-proclamé FISCHER VON HUNDERTWASSER, furent accueillis dès 2125 en Terres Saintes par ZUTRO SARMANN SHEL, père du très respecté ANTAN SARMANN SHEL.

" Un second Cardinal prend la relève et enchaîne à son tour. Sa voix, aux accents plus profonds, ne cherche pas à flatter les mots, dans une économie stricte elle se contente de dicter les phrases une à une,les livrer sans passion.

"2129. Signature des accords pour la reconstruction de la REPUBLIQUE FEDERALE EXILEE D'AUTRICHE. Terre d'accueil de cette renaissance, le site attribué fut le MONT MERON, situé sur les Terres de GALILEE à 300 km au nord de JERUSALEM. Ces terres, anciennes terres contaminées par les sites nucléaires souterrains de l'ex-LIBAN, furent étudiées, sondées, nettoyées, purgées de toute radio-activité durent cinq longues années, puis pieusement bénies par les Instances Religieuses de toutes confessions. Alors, et seulement alors, les travaux de reconstruction des splendides cités de VIENNE, KLAGENFURT et INNSBRUCK furent entamées à prix d'or.

2145. De tout son éclat, une métropole naquit des cendres encore tièdes des trois cités. Rebaties en une seule et glorieuse capitale, CRYMAL HUNDERSBRUCK resplendit à nouveau de toute la gloire de L'ANCIEN EMPIRE D'AUTRICHE. Mais la terre garde en elle la mémoire des blessures passées, et les souillures nucléaires des anciens temps réapparurent aux yeux de tous dès 2067 sous une forme nouvelle. Des secousses sismiques incontrolables firent leur apparition, des stries et des interstices de lave sur les terres basses qui gagnèrent les Splendeurs de l'AUTRICHE EXILEE.

" Le premier Cardinal fait un pas en avant, s'agenouille aux côtés de YIU, et termine par quelques mots. L'air recraché par ses poumons fripés vient se mêler à la sueur noire de la jeune tueuse.

_"2162. Aujourd'hui. CRYMAL HUNDERSBRUCK a basculée. Tellurgiquement non viable, la stabilité au sol n'est assurée qu'à 65 %, l'activité volcanique dûe aux meurtrissures nucléaires ne cesse de menacer et inquiéter les dirigeants. Arachnéens, les sillons de lave étendent leurs tracés. L'EMPIRE EXILEE D'AUTRICHE est à présent vérolé par les capitaux militaro-industriels, la Cité Haute a les traits d'un vaste camp militaire tentaculaire, et tous les stigmates d'un camp assiègée par la vérole grouillante. L'éclat n'est plus. Les dignités se raidissent. Les dernières et richissimes familles des DUCHE règnent donc recluses, surprotégées par les armées Répressives des autorités armées et des milices privées, priant leurs Dieux respectifs dans l'espoir d'une protection divine."

_"...Fin de l'exposé d'introduction, je suppose", lâche YIU de sa voix lente et sèche. Le Cardinal aquiesce de la tête dans un lent repli, se relève et amorce son recul. L'air s'assainit un instant. "Fin de l'exposé d'introduction, effectivement. Maintenant... Tous les détails... Vont vous être livrés.

" Il tourne lentement la tête, détourne son regard, sa colonne vertébrale claque deux fois sous l'exercice. La jeune tueuse au sang mêlé ne le quitte pas des yeux, alors que les deux autres Cardinaux détournent tour à tour leur tête dans un même mouvement sentencieux. YIU sait que c'est maintenant, elle sait ce qui va suivre. Elle ne fuit pas, elle sait qu'il ne faut jamais fuir. Le doigt presse la détente, le choc est d'une violence sans nom, une lumière acide, une détonation blanche qui jette en arrière la tête de YIU, projette son corps sur trois mètres. La jeune femme glisse au sol, ses genoux dérapent sur les dalles rugueuses de marbre blanc. Elle saigne, se recroqueville, ses yeux, l'arc luminescent a grillé sa rétine, un centième d'instant a suffit et déjà, en elle, l'implant d'information fuse, il court et atteint les terminaisons oculaires, il gagne les points neurologiques, s'étend, se propage. S'inscrit profondément.

Une courte perte de conscience. Un blanc. Un blanc, et puis... L'esprit revient à lui, l'esprit à besoin de se rassurer, il cherche, il fouille, il veut trouver la respiration... Ici. Un souffle, un fil d'air, un conduit de vie à peine audible mais déjà perceptible. L'esprit fouille encore, sentir le pouls, le pouls fragile... Les battements du coeur, intact, le système cardiaque a encaissé le choc, il va tenir, il va tenir. Toutes les données effectives de cette nouvelle mission sont en elle, elle les sent, maintenant elle doit encore encaisser, classer, fouiller, ordonner, lire... Qui tuer... Pourquoi... En quels lieux et comment... La vie, la vie se réinstalle... Coordonner les muscles... Ses yeux... Ses yeux ne répondent pas, pas encore... Motricité oculaire néant, cécité totale... La vue revient toujours, elle est toujours revenue, elle va revenir, c'est sûr... Les cris apeurés des rapaces diurnes se sont éloignés... Le silence... Le frottement des drapés n'est plus, les trois Cardinaux ont quittés le hall. Les images vont revenir, elles reviennent toujours, elles reviennent toujours...

Puis des mains. Des mains soulèvent YIU. Le contact est froid. Des ongles. YIU est inerte et tiède, son petit corps sec est soulevé. La lumière accroche des reflets pourpres à ses cheveux. Un hélico non officiel de ravitaillement va l'emporter, le claquement du rotor au dessus d'elle... Elle a confiance... Elle va traverser trois états, et rejoignera alors le périmètre de friction. Là où en cet instant précis, déjà, tout là-bas... Une cible...

Une cible l'attend.

 

 

Chapitre Deux.

Deux mois et six jours plus tard. Dilune, 01 décembre 2165. 21.39 H.A.O. (Heure de l'Alliance Oecuménique).

CRYMAL HUNDERSBRUCK. Température de l'air 39 °, température au sol 41.5°. Particules radioactives dans l'air insignifiantes, moins de 0.02 par cm3. Particules de cendres dans l'air, plus de 25 %. Visibilité réduite de 10 points. Taux d'acroléine par cm3 d'oxygène humainement tolérable.

Un salon large au plafond bas et alourdit de lustres chryséléphantins, vestiges d'une époque révolue. Là, le dos musculeux d'un homme à la peau sombre et aux épaules épaisses. L'homme est assis, attentif, devant une table aux pieds gravés d'étain que sa large silhouette ne parvient pas totalement à obstruer. Face à lui, la lumière bleu-gris d'un écran phosphorescent. Les lettres apparaissent sur l'écran, les caractères digitaux irisent l'air ambiant de leur pâle lumière et se pressent, dansent, s'alignent un à un.

"... Septième corps découvert par la Garde Kiefn, les Autorités Tacites de la Grande Maison Renaissante d'Autriche. Une nouvelle fois, la victime n'est autre qu'un mineur Masculin. Le corps du malheureux a été dépecé, lacéré et pourfendu avec une cruauté animale. Les experts du JOIN émettent hypothèse sur hypothèse, mais à la tête de l'unité centralisée, le responsable fédéral de l'état Autrichien VON SELLARS se voit contraint de démentir toute avancée concrète dans l'identification du ..." Les doigts noirs et massifs stoppent le flux de caractères digitaux. Les caractères se figent, s'effacent en un instant. La vie quitte l'écran.

21-50 H.A.O. Température de l'air, 40.5

Quartier de KLOSTERNEUSURG.

Quartier des riches investisseurs et marchands d'armements de type neurobio-chimiques (armes décrétées interdites depuis le CONSENSUS SACRE). Au sol, quelques coulées de matière en fusion serpentent, s'imiscent et s'accrochent à la rouille vérolée de l'acrotère d'un édifice allégorique, l'un des trente deux prodigieux bustes nus du Roi de Babylone NABUCHODONOSOR 11 qui hornent les artères royales, en mémoire des Fastes d'Antan. La figure colossale des monuments se dresse sur deux cent mètres de hauteur, titanesque, édifices statuaires de bronze et de chrysocale passée. A leur base, les piliers et les poutrelles de soutien tentent de tenir vaillant les bustes glorieux rongés par les coulées de lave. Le cinquième buste du Roi de Babylone porte encore sur ses hauteurs les lumières du soleil lointain, une lumière chaude qui s'étend sur l'étendue de ses épaules et de son visage. Un bain de bénédiction, pourpre et bienveillant. Mais les ombres avancent, grandissent et s'étendent, se nourrissent d'arrogance, chacune d'elle sait le jour condamné, minute après minute, chacune sait que la grande obscurité de la nuit va enfler et se coucher inexorablement sur cette face-là du monde.

Là-haut, sur les hauteurs de la sculpture colossale du Roi de Babylone, une ombre, une ombre s'anime, accrochée sur les veinures de l'épaule gigantesque de bronze noir et d'aérolite. L'ombre est humaine, une silhouette qui s'extrait des ciselures saillantes de la sculpture. Un accoutrement épais, chargé de cuirs tissés, de sangles et de harnais aux jambes, alourdi d'armes de toutes natures et de lames meurtrières. Un guerrier urbain. Un prédateur aux gestes lents. L'immobilité qui le gagne entre deux mouvements évoque à chaque instant la grâce sinueuse des reptiles ophidiens à sang froid. Sur les yeux du prédateur, de courtes jumelles à visée infrarouge fixées d'un bandeau de sangles tressées. Les jumelles rendent le visage illisible, indéchiffrable. Les yeux félins scrutent les ombres, décryptent la nuit. Apprivoisent le voile des ténèbres. Alors, immobile, tel un insecte plongé dans un bain d'aldéhyde formique, le prédateur scrute. Raide. Il veille et attend. Attend. Attend.

Plus bien longtemps. Le rotor principal d'un hélico convoyeur pourfend le silence ambiant. Boursouflées de coursives, les turbines de l'appareil sifflent et l'hélico entame une large courbe, dessine un cercle dans les airs et amorce sa descente. Le soleil brûle ses derniers feux, la lumière s'accrochent aux flancs métalliques du convoyeur privé, puis finit par lâcher prise. La nuit gagne et emporte tout. La bielle de commande du rotor arrière se cambre, l'engin continue sa descente droit sur l'héligare privé niché sur les hauteurs de l'avant-corps d'une imposante Ambassade Fédérale.

Au contact du sol, les bielles de réception encaissent le choc. Les pieds hydrauliques jaillissent et stabilisent provisoirement l'hélico-convoyeur, qui garde son rotor en course et reste prêt à redécoller dans la seconde. De loin, trois hommes d'affaires, non, trois gardes du corps s'extraient en hâte d'une coursive. A découvert, ils s'alignent tout en inspectant nerveusement les toits autour d'eux. Leurs yeux sont rôdés à ce type d'exercice. Leurs yeux sont noirs d'avoir scruté les pires merdes du monde entier. Leurs yeux sont les ultimes gardiens de leur vie.

Les ventilateurs de sustentions prennent le relais, les grilles d'entrées d'air crachent les saloperies brassées par les pales de l'hélicoptère. Le train avant de L'aéron-barre se stabilise, et alors, seulement alors, à leur tour trois enfants de Haute Caste, aux étoffes de popeline rare, sortent de l'hélicoptère privé. Trois visages d'ange dans une fange de particules noires qui tournoient et crépitent salement. Trois visages d'ange aux petits corps souples, aux petites jambes frêles qui pressent le pas et courent, courent, empruntant la voie dégagée et protégée par leurs protecteurs.

Trois visages d'ange.

Trois visages d'ange, au coeur d'une visée infra-rouge. Observés dans les moindres détails. Le temps n'a plus de prise. Traqués comme en plein jour. Calmement. Repérés par un prédateur, un prédateur qui officie avec toute la méticulosité requise. Dans le viseur de contrôle, l'Aura incandescente de chaque enfant brille d'une lueur particulière. Leur lumière intérieure rayonne dans les lunettes sensibles aux photons électrostatiques. L'une des lumières est plus forte que les autres, oui, un des enfants est irisé d'une lumière plus pure, d'une immaculée chaleur qui 1'enveloppe et le protège. Est-ce là, mise à jour, la couleur de son âme ? Est-ce là toute sa pureté mise à nue ? Plus que quelque pas et les trois enfants seront à l'abri, à l'abri dans l'Ambassade. Chez eux. Au coeur de leurs appartements, au coeur de leurs foyers.

_"... Une si belle âme... Court, petite lumière... Court... Avant que je ne ..."

Les mots sortent lentement, s'échappent de la bouche du prédateur embusqué sur l'épaule de l'édifice. Le prédateur n'achève pas sa phrase. Une pensée court déjà dans son influx nerveux, une pensée actionne un muscle et presse une détente. Un harpon perfore l'épaule de l'enfant, le soulève et l'attire violemment dix mètres en avant. Le visage de l'ange est moucheté de sang. Ses yeux. étonnés. C'est beau les yeux d'un enfant. Il a vu le sang. Il a senti l'odeur. Il sait. Il est encore trop tôt. Il cherche la douleur. La douleur va venir, il le sait. La douleur vient toujours. Le dard trident qui l'a harponné, sur son épaule. L'alliage froid à l'intérieur de ses chairs, cette sensation. Inconnue. Ce métal étranger, en lui. La panique. La panique, déjà.

Une miette d'éternité a suffit et déjà les gardes du corps ripostent, sortent leurs calibres et vomissent le feu. A l'aveugle. Devant eux, les deux enfants non ciblés poussent des cris. Des cris comme seuls savent en pousser les enfants. Ils se redressent, bougent, bougent, leurs petites jambes s'activent, ils courent, ils courent, abri, ambassade, appartement, foyer. Quelques mètres, quelques mètres, abri, ambassade, appartement, et ça y est, ils sont derrière les murs, ils longent le porche d'accès et s'engouffrent hors de l'héligare. Leur coeur a doublé de volume, ils pleurent, ils cherchent, ils cherchent des bras, ils sont sauvés.

Le prédateur réplique aux salves, une micro-bombe perd sa neuro-goupille et atteint l'hélico-convoyeur. Une bielle hydraulique rend l'âme. Le palonnier cède. Le train avant de l'appareil se replie, l'hélico tente de fuir, en panique. Les voilures tournantes sont touchées, mais têtu, comme animé d'une vie propre, l'appareil cherche à gagner de l'altitude. Une nouvelle micro-bombe l'atteint. La noire déflagration le couche. Il part en biais, rape le toit dans un long crissement, le rotor s'accélère dans un fouettement de plus en plus nerveux.

L'arme d'un garde du corps crache le souffre. Les salves s'affolent. Deux nouvelles micro-bombes explosent sur le toit, un garde du corps y perd une jambe. Il se fracasse au sol, ses trois membres en pagaille. A deux mètres, le protecteur personnel rattaché à la garde du jeune garçon harponné veut approcher l'enfant, il crie et rassure la petite proie, il crie et lui demande de lui faire confiance. Son oreille n'a pas le temps de percevoir le sifflement insidieux d'une de ces petites merveilles dévastatrices. Son oreille n'entendra pas l'explosion. Son oreille n'entendra plus d'explosion. Le corps déchiqueté du garde du protecteur chavire dans le vide, bascule et se perd tout en bas dans un serpentin de roche en fusion. Une langue de feu l'emporte. Se délecte. L'hélico continue sa trajectoire convulsive sur le toit. L'appareil bascule, se fracasse contre l'avant-corps de l'Ambassade Fédérale et repart, comme fou. Les rotors viennent cisailler en lambeaux une jambe abandonnée au sol. A quelques mètres de là, un garde du corps unijambiste vomit des injures en vidant son chargeur sur cette putain de cible qu'il ne parvient toujours pas à localiser. Le sol de l'héligare est balisé de trainées pourpres. La chaleur amère se mêle aux promesses d'encens funéraires.

Et toujours un visage. Le même visage, le même visage de pureté, l'enfant-proie tout seul au centre d'une visée infra-rouge. L'enfant est au sol, il relève son visage de l'asphalte brun-noir. Son Aura lumineuse brille et resplendit comme une luciole radioactive. Le visage de l'enfant se tord. Il gémit. Il a reconnu la douleur. La douleur l'a rejoint et le tient par la main. La douleur ne le lachera plus. Elle s'est prise d'affection. Il crie, il crie et gémit, il réclame de l'aide. Une main, ne serait-ce qu'une main, maintenant. MAINTENANT.

Il tente d'arracher le harpon. Le harpon dans son épaule est relié à un nylon sec et tressé. Un nylon qui parcourt le vide et se perd dans les ombres, quelque part droit vers la sculpture royale. D'une rapidité inouïe, le nylon se tend, l'enfant ensanglanté est soulevé du sol, d'un bond il pourfend l'air crasseux et se fracasse à mi-hauteur sur l'avant bras horizontal de la statue, de l'autre côté du vide. La main de l'enfant sur le bronze, le bronze est tiède, l'affolement s'imisce davantage en l'enfant. L'affolement s'engouffre, investit les lieux. L'hélicoptère percute les ferrures anguleuses du porche d'accès de l'ambassade, et bascule dans le vide, traversant un dégorgement resserré entre deux colonnades et le tronc élancé du Roi statuaire. Une chute d'une dizaine de mètres, avant que ne se coince le train arrière de l'appareil, l'encaisse d'un pied métallique enchassé dans un garde-corps. L'hélico se bloque, stabilisé à la verticale dans un équilibre instable. Les turbines s'énervent, les bielles de direction suintent un vomi noir. Les pales pourfendent l'air, le cycle incessant du rotor frôle le bronze gigantesque.

Un saut a suffit. Félin. Maitrisé. Le prédateur descend et se réceptionne à cinq pas de l'enfant. Tous deux maintenant sont face à face, sur la statue du Roi de Babylone. Derrière ses jumelles protubérantes, le prédateur regarde l'enfant, ce petit enfant qui essaie de se relever. Quelque chose dans sa jambe droite est cassé. Toute fatuité de survie abandonne l'enfant, il lève les yeux. Il supplie l'homme face à lui de le laisser en vie. Il le supplie comme on supplie un Dieu. Comme on supplie SON Dieu. Le prédateur regarde sa proie. Inflexible. Et s'avance. D'une voix douce, des petits mots sortent de sa bouche.

_"...Tu n'y es pour rien... Oh je sais que tu n'y es pour rien ..."

Frissonnant de peur, dans un mouvement de recul l'enfant perd l'équilibre, il glisse sur un palier de la sculpture et tombe en arrière, plus bas, à quelques pas de l'hélicoptère fracassé. Les pales projètent un vent violent. Comme affolées, les particules cendrées griffent les visages, le brassement de l'air est de plus en plus intenable. Le soffle chaud d'une tempête cinéraire envahit l'espace. Le guerrier psychopathe est déjà sur l'enfant. Il lance un dard automatique, un court harpon dentelé et lamelliforme qui s'ouvre et perfore la paume gauche de sa proie. Deux petites phalanges explosent. Fragiles. Fragiles et malmenées. Un cri s'échappe. Un cri étouffé par le vacarme puissant du rotor, les spirales infernales de la faux meurtrière. Le broyeur prodigieux est juste là, à deux mètres, à deux mètres du dos de l'enfant. Deux nylons rattachent à présent l'enfant au prédateur. Ils sont liés. La bouche du prédateur, et quelques mots posés et calmes prononcés comme à lui même. Une comptine douce et monocorde dans ce vacarme affolant.

_"Tu es jeune... Plus ils sont jeunes... Plus l'âme est pure ..."

Les deux mains du prédateur se lèvent alors vers l'enfant, l'enfant a un mouvement de recul. D'un coup sec et définitif, de toute la puissance de ses mains le prédateur vrille la tête du malheureux. Une vertèbre cervicale cède dans un claquement blanc. Une vie se libère. S'échappe. Lâche prise. Court chercher le repos, ailleurs, ailleurs. Puis le prédateur soulève par la taille le petit enfant mort, le dresse au dessus de lui comme un trophée, un trophée qu'il offre à l'appel du rotor principal.

_ "... plus L'ÂME EST PURE ..."

Avec bestialité, les pales du rotor laminent la tête, puis le torse du petit être. La vie est tellement loin déjà. La vie se cache les yeux. Alors le visage du prédateur est criblé de dix, cent, mille crachats pourpres et pestinentiels, la bile d'un diable malade et convulsif.

La nuit est couchée sur le monde.

L'édifice-bronze du Roi de Babylone, NABUCHODONOSOR Il. Le Roi qui soumit définitivement le royaume de JUDAS en ordonnant l'incendie de la ville et du temple de JERUSALEM, en 587 avant J.C... Le Roi qui fit de Babylone, embellie, la métropole du monde occidental. Quelque part sur le bras de ce Roi... Comme à la fin de chaque combat depuis que le monde est monde... Un prédateur.. Et une victime. Le prédateur retire ses jumelles à visée infra-rouge. Il libère ses yeux, dénude son regard. Lui offre en spectacle le charnier innocent dans toute son éclatante horreur. Animal, de ses mains rèches, il retire des viscères béantes le coeur pur de l'enfant, arrache l'aorte et la veine cave inférieure, il porte ce petit coeur à sa bouche. Et le mange. Il plonge ses dents dans l'organe thoracique et lentement, et calmement, se nourrit d'innocence. Une lueur de clarté illumine le visage du prédateur. Les traits sont ceux d'une femme. Une femme au corps nerveux et au sang mêlé. Ses cheveux sont noirs et cassants, le sang coule encore de ses lèvres. Le sang souille la mémoire de sa peau.

YIU respire. Le temps d'une fraction, une douleur fugace assombrit son visage. Une douleur intérieure. Elle se hait d'avoir accepter cette mission, puis très vite tait son remord, l'étouffe. Elle a appris à tout taire. Son visage est muet. Assombrit d'un voile qui porte en lui la teinte amère du regret.

Puis, d'un geste lent, elle pousse le petit corps sans coeur, elle le pousse loin d'elle, le torse et les jambes percutent le granit chaud d'un pilier de renforcement avant de glisser tout en bas dans les crépitements béants de la roche en fusion. Un éclat de feu l'absorbe. Les bras de braise l'entourent et l'emportent. Le calme est revenu et se diffuse, lentement.

Ombre parmi les ombres, déjà YIU n'est plus. Elle s'efface, s'enfuit, échappe à tout contrôle. Une sirène retentit. Les ombres de chaques édifices grouillent de démons impatients. Une reproduction de l'église byzantine Sainte-Sophie de Thessalonique VIII se dresse piteusement, offre en patûre ses noires coupoles à un horizon déchainé, scandé des secousses malignes de vents tourbillonnants. YIU saute, chute. Sa main s'agrippe à une corniche torsadée de vermiculures pourpres, la jeune tueuse se réceptionne sur un contrefort extérieur. Ses pieds claquent. Derrière elle, au dessus d'un déambulatoire flanqué de piliers massifs, six convois de déplacements des jeunes recrues des armées Répressives et des milices privées traversent l'espace dans un sifflement noir. Le glissement assourdissant affole les résidus solides en suspension dans l'air. Enchainés les uns aux autres, les véhicules filent sur leurs rails, regagnent leurs mili-casernes respectives et se perdent dans la nuit. L'odeur d'huile noire et brûlante dessine sur chaques rails des arabesque tièdes et pulvérulantes dansant dans l'atmosphère. En une fraction d'instant, un bras saisit YIU. Une main l'agrippe, d'une force inouïe la main tenaille sa mâchoire et l'entraine par l'avant, droit. Là, là où se nichent les ombres.

C'est lui, elle le sait. Le prédateur. L'unique. Le modèle. La cible.

Les ténèbres ont fait leur nid, aucun forme distincte n'est perceptible aux yeux de YIU. Un jeu dangereux de mouvements d'ombres, de teintes opaques se nouant entre elles, tissant des formes vide de sens. Les formes imperceptibles d'un visage, peut être. Deux éclats pourpres sur du verre. Les lunettes de vision infra rouge. Sur ses yeux. Ses yeux à lui. Une respiration, une voix, et déjà des mots.

__ " Jolie tuerie. Tu officies bien comme ton Maitre."

Le timbre de la voix est doux, elle ne porte aucune trace d'arrogance. Seule une quiètude et une paix intérieure filtrent, mais YIU à appris à ne pas se fier aux voix, une voix ne veut rien dire, jamais. Le mensonge ne se cache pas dans les mots, le mensonge se terre d'abord dans les voix. Toujours.

 

 

Chapitre Trois.

__ "... Ainsi donc tu m'épies, me copies, tu voles mes proies." Trente mètres sous la voûte d'ogives sur laquelle se tient YIU, la chaleur d'une strate de lave s'agrippe à l'épaisseur de la nuit et court le long du corps de la jeune femme. La sueur suinte sur sa peau, le liquide amer se mêle au sang sèché de l'enfant défunt. Sa bouche se tord. Il lui semble sentir la langue d'un démon lècher son visage, raper chacune de ses pores brûlantes avec délectation. L'ombre s'est tu un court instant. La main ne lâche pas prise, tenaille le visage de YIU. Puis la voix claire continue d'égrener les mots.

__ "...Laisse moi deviner, autre moi même... De par le monde, les armes neurologiques ont provoquées tant et tant de dégats, les séquelles sont innombrables... Les mutations, les naissances difformes, les cerveaux morts-nés, les enfants démembrés, les légions de survies artificielles se comptent par dizaines de milliers... Le Clergé, dans son infinie bonté, rachète aux parents pour des sommes dérisoires ces vies sans vie... Les plus désespérés, les plus démunis acceptent et prient le salut de leurs âmes, ils appellent de leurs voeux pieux la dévotion des Saints... Lors des recrutement dévastateurs de la Fuit d'afrik, les effectifs de mains d'oeuvre humaine furent gonflés en grand nombre par ces entités rachetées, des armées de morts-nés tombés à la gloire du Clergé tout puissant... Trois puces suffisent. Une implantée à la base même de la colonne vertébrale, deux autres ici... Et là..." la main gantée désigne le front et la tempe, le mouvement est lent, économe et précis... "et quelques journées de vie factices sont alors paramètrables... Obéissance... Et Servilité... Les deux mots d'ordre du Clergé dans toute leur suprême grandeur..."

__ " Ces vies n'étaient plus des vies...", crache péniblement YIU.

__ " Toute vie est LA vie!" La main droite du tueur se fait étau, l'arrogance gagne les muscles, les tendons se crispent. La douleur est là, s'inscrit en YIU. La serre humaine griffe et entaille la peau. L'orgueil gagne la voix du prédateur, les mots prennent une lueur plus obséquieuse. La paix quitte l'esprit du tueur, la paix quitte les lieux. l'ombre est venimeuse, l'empreinte des mots plus profonde.

__ "... Le Clergé t'as payé pour me retrouver, je suis là, tu m'as trouvé, contemple ton ennemi. As tu ressenti toi aussi l'amer regret à l'instant où la vie s'échappe, où la vie n'est plus ?" Un silence. Le bruissement de la lave écorchant quelques roches, s'agrippant aux granits des arcades et triforiums... La voix continue.

__ "Cet instant... C'est pour cet instant de pitié que je me bats... En cet instant seulement je frôle l'humanité, comprends-tu ? Comprends-tu, frêle moi-même ? Petit appat, écoute ma voix. Cet instant, plus personne ne nous a appris à le ressentir... Aucune mère, aucun père ne nous apprend plus ça. J'apprends a ressentir cet instant... Plus l'âme est pure..."

__ "...Plus la douleur est grande..." continue YIU dans un souffle pénible.

__ "...Plus la douleur est belle... "

__ "Et cet instant... Cet instant seul est une raison de vivre...?"

__ "...Cet instant est devenu ma raison de vivre... Qui que tu sois, cet instant tu l'as approché toi aussi. L'enfant as t-il pleuré, a-til supplié ? Du plus profond qu'elles viennent, ses pleurs étaient humaines, la douleur que tu lui as infligées... Etait ressentie... Perceptible... Je vois à tes yeux que tu me comprends, tu as traversé toi aussi mes paysages d'amertume... Tu t'es baignée dans mes bains de souffrances, alors maintenant nous sommes deux en ce monde... A avoir ressenti la grandeur merveilleuse de l'humanité..." Trois petits bruits sourds. Trois petits dards lâchés à l'aveugle, droit sur le prédateur. Les dards partent de la ceinture de YIU, s'échappent, et droit devant elle, une jambe est atteinte. Aucune grimace ne vient se dessiner sur le visage d'ombre, pas même la surprise d'un frisson. La pression sur le visage de YIU se fait plus sensible, les os de la machoire sont à deux doigts d'être friable. Puis un bruit brut, sourd. Le son d'une riposte. D'un mouvement désespéré, YIU réussit à esquiver un harpon, l'alliage froid siffle dans les airs en hurlant, frôlant l'épaule. Le second harpon a plus de chance. La clavicule de YIU cède. Un os se plie. L'apophyse coracoïde résiste encore, avec peine. Alors le visage sort de l'ombre et s'offre à la lumière. Le prédateur ophidien se livre. Balayés d'ombre, les traits restent indéchiffrables, les lunettes de visée infra rouge forment un regard neutre et opaque dénué de colère et de haine. La bouche, petite et avare, lâche six derniers mots.

__ "...Nous sommes deux en ce monde..." La main bascule violemment YIU dans le vide, l'ombre regagne les ombres et fait un bond en arrière, saute avec agilité sur l'angle d'une corniche oblique. De tout son poids, YIU bascule et tombe. Elle se réceptionne sur quelques pieux métalliques rongés par le souffre, à deux mètres du sol grouillant et saigné à blanc par la chaleur. Les matières en fusion explosent, projetent leur bièle en arabesques torves. Le visage de YIU se noircit de crasses cendrées. L'air, l'air. Irrespirable. La chaleur s'infiltre en chaque chose, la cinergie des particules est intenable. Des brouillards sinueux et empoisonnés traversent les poumons de YIU, elle sait qu'elle n'a que quelques secondes, sa tenue fond sur elle, la cristallisation de démons argentiques venus du plus profond des terres de mal être s'enroulent, s'agrippent à ses cheveux. Des mouvements secs, irréfléchis, la jeune femme défait un sac de son dos en urgence, ses bras s'agitent, son épaule ne connait plus la douleur. La clavicule tait son existence, la clavicule n'existe plus. Une étoffe et des cables, maintenant, sont dégagés d'un sac, jetés en pagaille dans les airs, l'air chaud s'engouffre dans une voilure, l'aile, l'air chaud s'infiltre, soulève et libère YIU à toute vitesse vers les hauteurs. Respirer. Respirer. Les laves convulsent en grimaces, les yeux de YIU déjà cherchent, cherchent l'ombre. Cherchent la cible. Un mouvement, un brassement d'ombre parmi les ombres, la main de YIU court sur son arme, les déflagrations soutenues et énervées perforent les granits. Le feu craché empeste la rage, la rage d'atteindre l'autre. Les éclats morcellent deux contreforts externes. Les tirs redoublent, à l'aveugle. YIU n'est plus qu'une trace dans les airs, une trainée de haine coursant l'invisible. Le prédateur exerce une pression de toute la puissance de ses muscles, d'un bond reptilien il embrasse l'air ambiant et se réceptionne sur la voilure, au dessus de YIU. Les suspentes tiennent bon. Deux tirs surgissent et traversent la toile, l'un d'eux perfore la jambe de YIU. Dans la seconde, le prédateur bascule d'une souplesse incroyable, pivote et d'un arc circulaire se retient aux cordages, maitrise sa descente pour se réceptionner sur YIU. Une paroi vient claquer, ravage le dos de YIU. Un instant suffit, le visage du prédateur est sur elle. Plus près que jamais. Deux amants de haine dansant dans les particules. Les mots sortent. Ils n'ont plus ni couleur ni sentiment. les mots sont nus, vidés de toute émotion. Malgré le sifflement montant, malgré le cri de la nuit, les mots prononcés s'imposent un à un. "

__ Demain, à cette heure-ci, exactement. Je commence. Je commence vraiment. Plus que jamais, l'humanité percera mon coeur." Acrobate, la silhouette sinueuse bascule dans le vide, lâche prise et se fraye un chemin dans l'obscurité. Le vide l'avale, avant de se réceptionner avec assurance sur la passerelle supérieure de nouveaux convois de déplacements, filant à toute vitesse sur le tracé des rails. Le sifflement noir vrille les tympans de YIU, le hurlement mécanique est croissant, rien ne semble plus pouvoir l'arrêter. YIU se réceptionne, s'agrippe en panique sur les toits d'un dépot noir de cendres, ses jambes s'enfoncent dans trente centimètres de strates meubles. Une neige noire de merde ambiante. YIU a juste le temps d'appercevoir les derniers convois enchainés les uns aux autres filer au loin vers leurs mili-casernes respectives. Sur le convoi, là bas, trop loin déjà, la petite silhouette se baisse, se replie, se fond dans les ombres, et disparait en position foetale, avalée et dissoud par les ténèbres acides. Le corps de YIU la rappelle à l'ordre. Elle respire. sa clavicule existe belle et bien. L'apophyse coracoïde ne va plus tarder à lâcher.

Elle dégage un masque pour protèger sa respiration, les filtres de charbons actifs assainissent l'air qu'à 30 %. Elle se libère de l'emprise des cordages, défait les suspentes, dégage rageusement ses pieds des strates de cendres poisseuses. Elle s'injecte un dard de néo-morphine, envoyant au diable les prescriptions d'hygiène. Elle s'affale, vacille. Les cuissards des harnais lui sanglent encore les jambes, elle tente de ne pas perdre l'équilibre. La néo-morphine stabilisera la douleur. Elle ne s'inquiète pas. Elle ne s'inquiète pas pour la douleur. Elle pense à sa cible. Elle pense à l'enfant. L'ENFANT. Un affichage horaire sur son avant bras, elle racle les crasses poisseuses, dégage toute lisibilité aux chiffres. 23.55 H.A.O. Son esprit revient à la cible, ses yeux cherchent encore un instant. Par réflexe. Par dépit. Au loin. Là bas. Elle ne voit rien. Rien. La nuit est épaisse et les ombres sont reines. Et les ombres sont légion.

 

 

CHAPITRE QUATRE.

Les lustres chryséléphantins paraissent animés d'une vie propre, un souffle de vent lance la danse de milliers de pampilles cristallines. Le son illumine l'atmosphère d'un chant joyeux et iconoclaste qui traverse le salon large au plafond bas. Une lumière bleutée caresse les épaules épaisses de l'homme à la peau sombre. Une rigueur d'ascète a sculpté ses traits, la lumière de l'écran de plasma face à lui irise chacun de ses traits. Les caractères digitaux ont repris leur course, ses yeux glissent sur chaque lettre et les apprivoise.

_ "... Le responsable fédéral de l'état Autrichien VON SELLARS se voit contraint de démentir toute avancée concrête dans l'identification du meurtrier des sept victimes, et réclame des Services de l'Ordre Orthodoxe Autrichien un renouvellement des Forces et des Effectifss répressifs qui seuls pourront enrayer ..."

Fin de connexion. Les doigts massifs et noirs viennent d'interrompre le défilement des mots, l'écran de plasma se replie alors horizontalement sur lui-même, se plie à nouveau verticalement, avant de disparaître dans l'alliage noir du boitier principal.

L'homme se lève, et quitte le salon. Sa charpente traverse l'espace et longe un couloir profond.

(à suivre)

 
     

 

 

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